Évaluer l’impact social des projets en faveur de l’égalité de genre

Le 26 mars 2026, La France s’engage réunissait ses lauréats à l’occasion d’un petit-déjeuner de travail consacré à une question structurante pour le secteur de l’innovation sociale : comment évaluer l’impact des projets agissant en faveur de l’égalité de genre.

Animée par Manon Réguer-Petit, de l’Agence Phare (partenaire historique de la Fondation sur ces enjeux) cette séquence d’échange s’inscrit dans un accompagnement plus large visant à outiller les structures dans la structuration de leur mesure d’impact et la valorisation de leur impact.

Destiné aux lauréats de La France s’engage, ce temps collectif a permis d’articuler apports méthodologiques, retours d’expérience et décryptage du contexte de financement.

Pourquoi évaluer l’impact des projets en faveur de l’égalité de genre ?

L’évaluation d’impact ne se limite pas à un exercice de justification. Elle constitue un levier stratégique de développement, particulièrement décisif dans le champ de l’égalité de genre, où les projets sont à la fois attendus et contestés.

Convaincre dans un contexte de financement contraint

Premier constat partagé : les financements dédiés à l’égalité de genre restent minoritaires. En France, seuls 7 % des fonds philanthropiques y sont consacrés, malgré une prise de conscience croissante.

Cette tension appelle une double exigence :

  • mieux identifier les financeurs pertinents, notamment ceux engagés dans des approches féministes structurées ;
  • adapter son argumentaire en fonction des interlocuteurs (fondations spécialisées, acteurs publics locaux, institutions européennes…).

L’évaluation d’impact devient alors un outil de crédibilité, permettant de :

  • démontrer la pertinence du projet,
  • objectiver ses résultats,
  • et surtout mettre en évidence les leviers de développement encore ouverts.

Car un projet perçu comme “achevé” ou autosuffisant suscite paradoxalement moins d’engagement de la part des financeurs.

Piloter et améliorer les actions

Au-delà du financement, l’évaluation d’impact est d’abord un outil de pilotage interne.

L’exemple de l’association Pow’her, accompagnée par La France s’engage, l’illustre clairement : confrontée à une diversification massive de ses actions pouvant susciter un manque de lisibilité, la structure a engagé un travail de clarification de sa stratégie d’impact.

Sans attendre une évaluation complète, ce travail a permis :

  • de hiérarchiser les priorités d’action,
  • de réaffirmer son positionnement (notamment sur l’accompagnement des jeunes femmes de 15 à 25 ans),
  • et de renforcer son argumentaire auprès des partenaires.

Autre cas évoqué : un programme de socioesthétique à destination de femmes en situation de précarité, porté par une grande fondation. L’évaluation a permis d’identifier des conditions d’impact précises :

  • des effets immédiats (bien-être, lien social),
  • mais surtout des effets durables conditionnés à un accompagnement dans la durée et en articulation avec des travailleurs sociaux.

Ces enseignements ont conduit à ajuster les modalités d’intervention, mais aussi à faire évoluer les pratiques professionnelles en amont.

Nourrir un plaidoyer exigeant

Enfin, dans le champ de l’égalité de genre, l’évaluation d’impact joue un rôle décisif dans la construction d’un plaidoyer structuré.

Les projets sont régulièrement confrontés à des résistances spécifiques :

  • remise en cause de la non-mixité,
  • contestation du ciblage de certains publics (jeunes femmes, femmes racisées, etc.),
  • suspicion d’un traitement “particulier”.

Dans ce contexte, l’évaluation permet de :

  • objectiver les besoins sociaux auxquels répond le projet,
  • démontrer la pertinence de ses partis pris,
  • et légitimer des approches efficaces mais parfois non consensuelles.

Elle contribue également à repositionner les projets non comme des initiatives isolées, mais comme des réponses complémentaires à des défaillances structurelles, appelant la mobilisation d’acteurs publics ou privés.

Évaluer l’impact : des méthodes à adapter aux projets féministes

L’un des enseignements majeurs de la rencontre tient à la spécificité des démarches d’évaluation dans ce champ.

Évaluer un projet en faveur de l’égalité de genre ne peut se réduire à des outils standardisés. Cela suppose :

  • une attention particulière aux conditions d’enquête, notamment auprès de publics vulnérables ;
  • le recours à des méthodes qualitatives (observations, entretiens) permettant de saisir des transformations parfois difficilement perceptibles autrement ;
  • et une posture d’évaluation adaptée, attentive aux rapports de pouvoir et aux biais.

L’observation de terrain, par exemple, requiert une implication maîtrisée, visant à ne pas perturber les situations observées tout en captant les dynamiques sociales à l’œuvre.

Un enjeu stratégique pour les lauréats de La France s’engage

Ce petit-déjeuner thématique a mis en lumière une conviction partagée : l’évaluation d’impact n’est pas une contrainte, mais une ressource stratégique.

Dans un contexte marqué à la fois par :

  • des restrictions budgétaires,
  • une montée des tensions autour des droits des femmes,
  • et une exigence accrue de redevabilité,

les structures doivent pouvoir s’appuyer sur des démarches d’évaluation solides pour :

  • affirmer leur utilité sociale,
  • orienter leurs choix stratégiques,
  • et inscrire leur action dans une perspective de transformation durable.

À travers cet accompagnement, La France s’engage poursuit un objectif clair : renforcer la capacité des projets à démontrer, affiner et amplifier leur impact, au service d’une société plus égalitaire.

Ressources complémentaires