OPINION. « Les Français qui s’engagent, piliers de notre cohésion sociale », par Audrey Azoulay, présidente de La France s’engage
Dans cette tribune, l’ancienne directrice générale de l’Unesco, nouvellement désignée à la tête de la fondation La France s’engage, met en avant les millions de Français et Françaises qui s’engagent dans des associations et des fondations.
Dans un monde percuté par les révolutions technologiques et le bouleversement climatique, c’est notre façon de faire société et notre confiance en l’avenir qui sont interrogées. Ce constat a été le mien durant huit années à la tête de l’Unesco, qui y répond à travers le monde en construisant par la culture, l’éducation et les sciences des coopérations puissantes pour la paix. Ces coalitions rassemblent États, sociétés civiles et communautés locales avec la contribution accrue du secteur privé.
Partout dans le monde, le travail se transforme à une vitesse inédite. L’éducation interroge ses fondamentaux quand encore 1,4 million de jeunes en France ne sont ni en emploi ni en études. La démographie évolue en profondeur avec le vieillissement de la population, et pourtant neuf Français sur dix vivent dans un désert médical. Les femmes, actrices puissantes du changement et de la solidarité, continuent de devoir affronter plus qu’à leur tour les défis du monde.
« L’innovation sociale est une urgence »
Et pourtant, dans ce tumulte, à bas bruit, des millions d’hommes et de femmes s’engagent dans des associations et des fondations pour venir réparer ces coutures qui craquent, pour apporter des réponses innovantes. Je pense aux jeunes en service civique de l’association Silver Geek, qui œuvrent dans les Ehpad pour recréer du lien intergénérationnel et réduire la fracture numérique ; à l’association Resonantes qui a développé l’application gratuite App-Elles pour protéger les personnes victimes de violences familiales.
Qu’ils soient bénévoles, salariés, donateurs, ils sont les piliers de notre cohésion sociale et démontrent que notre pays n’est ni tout à fait déchiré ni tout à fait épuisé. Dans tous les territoires, en métropole et outre-mer, dans les villages et les banlieues, ce sont eux qui, par l’art du consensus et le souci de l’efficacité, trouvent des solutions inédites. Nous devons les encourager et les soutenir pour donner de l’ampleur et de la visibilité à ces solidarités concrètes qu’ils retissent.
Qu’ils soient bénévoles, salariés, donateurs, ils sont les piliers de notre cohésion sociale et démontrent que notre pays n’est ni tout à fait déchiré ni tout à fait épuisé.
Guidés par une exigence d’efficacité et d’évaluation, nous devons accompagner avec plus de force ces innovations sociales, qui répondent à un besoin majeur pour lequel les services publics ou le marché ne suffisent plus ou ne fonctionnent pas assez bien.
Notre responsabilité est aussi de les faire mieux connaître et de les rendre plus visibles. L’innovation sociale est une urgence dont pourraient mieux se saisir médias, entreprises et pouvoirs publics. À cet égard, l’observatoire que nous allons lancer, analysant dix années d’exercice de la fondation La France s’engage, sera particulièrement précieux.
Aucun acteur public ou privé ne détient seul les bonnes réponses aux besoins de la population, et pourtant nous avons tous de bonnes raisons de soutenir et d’amplifier les solutions exemplaires. Aussi, il est vital de promouvoir l’action collective dans des cadres de coopération nouveaux où les entreprises ont toute leur place. Je pense notamment à celles qui ont fondé La France s’engage et à toutes celles qui la soutiennent. Je sais combien leurs équipes sont fières de cette contribution à l’invention d’une société plus humaine.
Ces nouvelles gouvernances d’action sont d’autant plus nécessaires que les crises sont naturellement imbriquées : impossible de décorréler éducation, inégalités sociales et dette publique, impossible de penser séparément alimentation, santé et biodiversité. Elles le sont aussi car nous devons trouver des modèles de financement innovants et pérennes dans un moment de tension durable sur les finances publiques.
Dans cette perspective, les fondations comme La France s’engage sont à la fois les aiguillons et les architectes des nouvelles solidarités dont nos concitoyens et notre démocratie ont tant besoin. Notre trésor est là, à nous de le faire prospérer.
