Restaurer la confiance au cœur des organisations : un levier stratégique pour les structures à impact

Webinaire animé par Olivier Mathieu, codirigeant et cofondateur d’Indaba.

Dans un paysage organisationnel marqué par l’incertitude, les tensions opérationnelles et une montée diffuse de la méfiance, la confiance est devenue un enjeu de gouvernance central pour les structures de l’ESS. Elle conditionne non seulement la qualité du travail collectif, mais aussi la capacité à décider, à coopérer et à porter une mission sociale dans la durée.

Lors du webinaire animé par Olivier Mathieu, codirigeant et cofondateur d’Indaba, les lauréats de La France s’engage ont exploré les mécanismes profonds qui fondent ou fragilisent la confiance, ainsi que les pratiques managériales permettant de l’entretenir.

Loin d’une approche incantatoire, cette session a replacé la confiance dans le champ de la stratégie organisationnelle : un actif immatériel qui exige lucidité, constance et méthode.

Comprendre la confiance : un abandon volontaire du contrôle

Plutôt qu’un simple ressort relationnel, Olivier Mathieu a présenté la confiance comme un acte managérial qui implique une prise de risque assumée. Le terme issu du latin confidentia renvoie à l’idée de « se fier à », donc à celle d’accepter une vulnérabilité. Pour un dirigeant ou un manager, cela signifie renoncer à une part du contrôle afin de permettre l’initiative, l’autonomie et la coopération. Cette dynamique repose sur un socle précis : la crédibilité du discours tenu, l’authenticité du comportement, la capacité réelle à honorer les engagements pris, la transparence d’information, et enfin un engagement réciproqueindividuel comme collectif. Ces cinq conditions ne relèvent ni du ressenti ni du charisme : elles structurent une architecture explicite de la confiance.

Un contexte national marqué par la défiance

S’appuyant sur un sondage OpinionWay / Sciences Po, l’intervenant a rappelé à quel point la France traverse une période de méfiance profonde envers les institutions, les dirigeants et même les organisations à but non lucratif. Cette défiance diffuse influence directement les dynamiques internes des équipes : elle alourdit les processus, renforce les logiques de justification, accroît la charge mentale des managers et peut dégrader la capacité collective à se projeter. Pour les structures à impact, ce climat ajoute une couche supplémentaire d’incertitude : elles doivent gérer non seulement leurs propres défis, mais aussi les projections, les craintes et les attentes contradictoires portées par leur environnement.

Les ressorts de la défiance : mécanismes et signaux faibles

Le webinaire a également permis de décrypter les mécanismes qui altèrent progressivement la confiance. L’imprévisibilité, en particulier depuis la crise sanitaire, a contribué au durcissement des pratiques de contrôle et au retour de la centralisation décisionnelle. La rétention d’information, même lorsqu’elle répond à des impératifs légitimes de confidentialité, nourrit des zones d’ombre qui affaiblissent l’adhésion collective. Le non-respect des engagements, même ponctuel, peut durablement miner la crédibilité managériale. L’individualisme encouragé par des systèmes de reconnaissance opaques, ou encore le décalage entre les valeurs affichées et les pratiques quotidiennes, agit comme un dissolvant silencieux du lien collectif. Ces facteurs ne produisent pas immédiatement des crises visibles, mais ils génèrent une fatigue organisationnelle profonde : multiplication des contrôles, ralentissement des décisions, diminution de la créativité et crispation des interactions.

Le rôle non délégable du dirigeant

L’un des points marquants de l’intervention d’Olivier Mathieu concerne la responsabilité spécifique du dirigeant. La confiance ne se décrète pas et ne s’administre pas : elle se construit par cohérence. Le dirigeant doit porter un récit clair et crédible, animer des relations fondées sur la parole donnée et créer des espaces où les tensions et les désaccords peuvent être discutés sans risque symbolique pour celles et ceux qui les formulent. Cela suppose aussi d’accepter de renoncer à l’illusion de la maîtrise totale : reconnaître ses erreurs, expliciter ses doutes, exposer ses choix. Cette posture managériale, loin d’affaiblir l’autorité, en renforce la légitimité.

Quels outils pour évaluer la confiance ?

Le webinaire a présenté plusieurs approches permettant de « mesurer l’immatériel ». Un questionnaire anonyme d’auto-diagnostic permet d’évaluer la perception des équipes et de révéler des écarts entre la vision du management et celle du terrain. Une cartographie de la confiance, fondée sur l’analyse de la compétence perçue, de l’intégrité et de la bienveillance dans les relations professionnelles, permet de repérer les liens fragilisés dans l’organisation. Olivier Mathieu a également mis en lumière des indicateurs indirects mais révélateurs : la capacité d’une équipe à formuler un désaccord, le dynamisme créatif, la rapidité de prise de décision ou l’absence de mails rédigés « pour se couvrir ». Ces signaux discrets disent souvent davantage sur la santé d’un collectif que de longs rapports.

Rituels, pratiques et gouvernance : une écologie interne de confiance

Les temps d’échange entre participants ont permis d’exposer une grande diversité de rituels et de pratiques : moments informels, séminaires, associations aux décisions, agoras d’information, points individuels réguliers avec feedbacks réciproques, tours de table « victoires / galères / questions », rituels d’expression en début de réunion. Ces démarches, lorsqu’elles sont cohérentes et ancrées dans la durée, contribuent à une véritable écologie interne de la confiance. L’objectif n’est pas d’ajouter des dispositifs mais de structurer un environnement où la parole peut circuler, où chacun comprend le sens des décisions, et où la responsabilité collective s’incarne dans des pratiques visibles.

Sept principes et neuf outils pour renforcer durablement la confiance

En fin de session, Olivier Mathieu a articulé ces éléments au sein d’un cadre méthodologique en présentant sept principes structurants — parmi lesquels la croyance que l’humain est digne de confiance, la transparence cadencée ou encore l’incarnation réelle des valeurs — ainsi que neuf outils concrets : dispositifs de feedback, contrat de collaboration, dette de confiance, rituels 3-1-1, mécanismes de connexion humaine, plan « petite victoire », etc. Ces leviers offrent aux organisations un corpus opérationnel pour faire de la confiance non plus une intention, mais un système.

Conclusion : accompagner les dirigeants dans un enjeu devenu central

Ce webinaire a mis en lumière la confiance comme un déterminant stratégique encore trop peu outillé dans les organisations à impact. Loin d’un sujet intangible ou « soft », elle conditionne la performance collective, la fluidité décisionnelle et la qualité de l’engagement.

En mettant à disposition des repères, des méthodes et des outils pratiques, La France s’engage poursuit un objectif : permettre à ses lauréats de consolider leurs pratiques managériales et de nourrir un climat de travail propice à l’action et à la mission sociale.

Ressources complémentaires