La France s’engage du 31 octobre – accompagner la fin de vie à domicile, en s’appuyant sur la force du collectif

"On croit que ce sont les vivants qui ferment les yeux des mourants, mais en réalité ce sont les vivants qui ouvrent les yeux des mourants"
Mourir chez soi, entouré : un enjeu de santé publique et de solidarité
La possibilité de vivre ses derniers jours à domicile, entouré de ses proches et dans un environnement familier, reste difficile à concrétiser pour de nombreuses personnes. En France, les besoins en soins palliatifs progressent avec le vieillissement de la population, mais l’organisation des prises en charge demeure largement tournée vers l’hôpital. Dans son rapport de juillet 2023, la Cour des comptes soulignait que l’offre de soins palliatifs à domicile restait très insuffisante, inégalement répartie et insuffisamment coordonnée. Elle relevait également que la dépense publique consacrée aux soins palliatifs avait atteint 1,453 milliard d’euros en 2021, en hausse de 24,6 % depuis 2017, principalement sous l’effet des séjours hospitaliers.
Au-delà de la question médicale, la fin de vie à domicile pose celle de notre capacité collective à accompagner la vulnérabilité. Car rester chez soi suppose bien davantage que la disponibilité de soins : il faut pouvoir compter sur une présence, soutenir les proches aidants, coordonner les interventions et éviter que la complexité de la situation ne conduise à une hospitalisation subie. Développer des réponses de proximité, associant professionnels de santé et citoyens, constitue ainsi un enjeu à la fois humain, territorial et économique. Mieux accompagner à domicile peut aussi contribuer à limiter certains recours à l’hôpital, et donc à maîtriser les dépenses de l’Assurance maladie, sans jamais faire de l’économie le critère premier de la qualité de l’accompagnement.
Voisins & Soins, c'est quoi ?
Créée en 2017, Voisins & Soins développe un modèle d’accompagnement des personnes gravement malades ou en fin de vie à leur domicile, individuel ou en institution. Son approche repose sur la constitution d’équipes locales réunissant bénévoles formés et professionnels de santé. À l’échelle d’un quartier ou d’un village, chaque équipe associe en moyenne sept bénévoles, un médecin, un infirmier et deux psychologues. Ensemble, ils se relaient auprès des personnes accompagnées et de leurs proches. Cette organisation permet aux soignants de se concentrer sur leur mission médicale, tandis que les bénévoles apportent une présence régulière, une écoute et un soutien dans les gestes et les moments du quotidien. L’accompagnement repose ainsi sur une responsabilité collective, plutôt que sur l’engagement isolé d’une personne.
Les résultats témoignent de la portée de cette approche. En 2023, l’association comptait 19 équipes mobilisant 154 bénévoles, 19 médecins et infirmiers et 19 psychologues. Elles ont accompagné 229 personnes en fin de vie, soit une progression de 35 % par rapport à 2022. Parmi les personnes accompagnées à leur domicile personnel, 64 % ont pu vivre leurs derniers jours chez elles. En institution, 93 % ont pu demeurer dans leur lieu de vie jusqu’au bout.
Voisins et Soins
Une étude d’impact publiée en 2025 apporte un éclairage complémentaire sur les effets du modèle : 85 % des proches aidants interrogés indiquent que leur proche s’est senti davantage entouré.
Voisins et Soins
Lauréate 2023 de La France s’engage, Voisins & Soins porte une innovation qui repose sur une conviction forte : l’accompagnement de la fin de vie ne peut relever des seuls professionnels de santé ou des familles. Il peut aussi mobiliser les ressources humaines d’un territoire, à condition de les former, de les coordonner et de leur donner un cadre d’intervention adapté. Pour essaimer, l’association défend aujourd’hui la reconnaissance et le financement de son modèle par l’Assurance maladie. Dans la chronique La France s’engage sur RTL, son président François Génin avance une réduction de 60 à 70 % du nombre de journées d’hospitalisation dans les derniers mois de vie pour les personnes accompagnées.
Ce résultat, communiqué par l’association, constitue un argument en faveur de l’évaluation médico-économique du dispositif et de son éventuelle intégration dans les parcours de soins. L’enjeu est désormais de permettre à davantage de territoires de faire de la solidarité de proximité une composante à part entière de l’accompagnement palliatif.
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